Hommage à M. Lebrun

Texte librement inspiré de son livre ‘Sous l’aile de l’Archange’

Citant Roger Henrard, un de ses amis de longue date : « La vie d’un homme n’est pas remplie s’il n’a éduqué un enfant, planté un arbre, écrit un livre », Mr Lebrun a en quelque sorte plus que rempli son « contrat » en consacrant une bonne partie de sa vie et de ses loisirs à l’aéroclub d’Avranches. En effet la vie Mr Lebrun semble indissociable de celle de l’aéroclub. Né en 1912, il aura traversé le siècle, en participant à sa façon à l’avènement de l’aviation de tourisme.

Il a 15 ans en 1927, il est alors au lycée Livet de Nantes. Les événements aériens de l’époque, avec ses héros, Nungesser et Coli, Lindbergh, Mermoz, l’impressionnent beaucoup. Ils lui semblent inaccessibles. L’avenir lui prouvera le contraire lors de ses rencontres avec Saint Exupéry, Doret, Détroyat et plus tard le fils de Lindbergh à Lessay . Il n’oublie pas les premières exhibitions de pilote tel Poulet à Saint Malo. Au cours de son service militaire à l’Ecole militaire de Paris, il continue son approche de l’aviation en allant voir au Bourget les avions militaires volant à cette époque : Hanriot, Farman, Potez.

Du rêve à la réalité. Ayant vu un article dans l’Ouest-Eclair, vantant la beauté du Mont Saint Michel, Il s’enhardit pour tenter l’expérience. C’est le chef Pilote Kohn, un ancien adjudant de la guerre 14-18 qui lui fera faire son premier vol. Il découvre alors de nouvelles sensations ainsi que l’environnement de la baie. « Le bruit du moteur et l’odeur de l’huile de ricin se gravaient pour toujours dans ma mémoire ». Une passion vient de naître. Il va plus avant et prend sa première leçon peu de temps après.

Le briefing est « court » : C’est très simple, si vous poussez sur le manche le nez de l’avion s’abaisse : vous descendez ; si vous tirez vous montez, vous poussez le manche vers la gauche et l’avion s’incline à gauche et il vire, à droite c’est l’inverse. » Lapidaire mais efficace. Il fût lâché 7 heures plus tard.

En septembre 1936, après les quinze heures de vol réglementaires il passa avec succès son premier degré, un barographe pendant à son cou comme c’était l’usage, afin de vérifier si l’élève avait bien effectué toutes les figures imposées. Il emmena son premier passager, sa fiancée, vers Sourdeval, qui supporta très mal les nombreux virages occasionnés pour les survols de sa maison.

Faisant preuve de patience, il n’obtint les trente heures nécessaires au passage du second degré que 3 ans plus tard. La guerre et la mobilisation générale, repoussèrent l’obtention de son brevet de 11 années, le 21 août 1947.

Après la libération, sevré d’aviation pendant quelques années, il s’essaya au planeur à Lessay, sur C800 puis sur Castel-Mauboussin 301 sous la conduite du jeune chef pilote Bataille. Une tentative d’activité planeur eut même lieu à Avranches, mais celui-ci volant peu, elle cessa rapidement. Une rencontre importante pour lui et l’aéroclub fût celle avec Fred Nicole, à l’occasion de démarches au SFA à Paris en vue d’obtenir des aides, avec qui il effectua de nombreuses séances de voltige mémorables sur le Bücker BBRI. Il fût le 1er touriste à atterrir à Jersey après la libération pour emmener un Stampe pour une présentation en meeting de Fred Nicole.

Avec humilité, Mr Lebrun raconte même comment celui-ci, instructeur sévère l’obligea à coucher dans un avion posé sur une plage proche de Granville à cause d’une météo défavorable, ceci afin de le garder.

La vie d’un pilote est jalonnée de premières fois, et Mr Lebrun n’échappe pas à cette règle. Il subit sa première panne moteur, et se posa sans casse dans … un champ de pommes de terre aux environs du Mont Dol. Le rêve de tout pilote est d’avoir un avion à soi. Il pût le réaliser en achetant un avion récemment construit par la S.C.A.N., le Nord 1201, dit « Norécrin ». Une maladresse et un manque d’expérience lui occasionne une rupture de train.

Premier long voyage à l’occasion du « Tour de Méditerranée » organisé par la SCAN. De nouvelles amitiés entre les différents participants se nouent : Roger Peltier et Guy Anseaume de Rouen, Roger Henrard, Ripert. Il est même surnommé « la barbouille » par le commandant de la plate-forme de Vichy, au vu de l’état du ‘Norécrin’. La piste de l’époque était plutôt boueuse en hiver.

Un tournant dans la vie de l’aéroclub : la suppression des subventions qui permettaient d’appointer un mécano et un instructeur, entraîne la quasi faillite du club. Ne pouvant se résoudre à cet état de fait Mr Lebrun se décide d’assumer seul la caution. De plus le manque de disponibilité du seul instructeur restant, Mr Ledauphin risque d’entraîner la fermeture de l’aéroclub faute d’élèves. Fred Nicole grâce à des contacts amicaux à l’école de St Yan, propose à Mr Lebrun de faire son stage d’instructeur. Tâche dont il s’acquitte avec succès malgré une certaine animosité de la part de l’encadrement de St Yan, celui-ci voyant d’un mauvais oeil arriver un président de club avec son avion personnel, et voulant prendre la place d’un jeune professionnel.

Les finances de l’aéroclub se rétablissent peu à peu sous la présidence de Mr Ledauphin grâce un programme de baptêmes en campagne comme à Coutances ou sur la plage de Carolles et par l’arrivée de ce nouvel instructeur. Après une tentative d’implantation d’un aéroclub sur Fougères, Mr Ledauphin quitte définitivement l’aéroclub laissant la présidence vacante. Une fois encore, son sens des responsabilités appelle Mr Lebrun a assumer aussi cette tâche. C’est grâce aussi à son épouse Raymonde Lebrun, qui prit une part active dans la gestion de l’aéroclub en assumant les charges de secrétaire et de trésorière.

Les années qui suivront, seront l’occasion de rencontres tour à tour, sympathiques comme cet américain venu avec son avion des Etats Unis et accompagné de sa famille ou désopilantes ainsi cette dame emmenée en baptême autour du Mont Saint Michel qui en regardant vers St Jean le Thomas, déclare : « C’est l’Angleterre, là bas, n’est-ce-pas ? ».

1953, lors du retour d’un voyage pour affaires à Oyonnax, une panne d’essence contraint le Norécrin à un atterrissage d’urgence. Un mauvais choix de la zone d’atterrissage l’endommage fortement. Il ne revolera jamais, fuselage et aile trop abîmés.

Rencontre encore, en 1956 avec Michel Détroyat lors d’un meeting, qui effrayé par la manière brusque dont conduisait Mr Lebrun dans la campagne mortainaise, se vengea un peu plus tard, en un gymkhana improvisé dans les rues de la capitale.


« Sur un arbre perché » est un film bien connu avec Louis de Funès entre autre acteur. En 1974, Mr Lebrun, accompagné de Louis Monique ont expérimenté cette forme d’atterrissage. Suite à un givrage moteur, cette manoeuvre d’urgence a été inévitable. Aucun dommage pour les passagers heureusement, mais l’avion faute de pouvoir l’hélitreuiller, à dû être démonté sur place.

1981, une frayeur de plus au palmarès déjà bien rempli, la casse d’une pâle d’hélice sur un Commodore, Rallye MS893, l’oblige à passer malgré lui plusieurs jours sous une tente dans le Bourbonnais, à Chambon-Veille en attente d’une autre hélice et d’une autorisation de re-décoller. C’est l’occasion pour lui de retrouvailles d’une passagère de baptême de l’air lors d’un tour de chant dans la région.

Son expérience de pilote et ses fonctions d’instructeur pendant ces longues années, l’ont amené à réfléchir sur cette fonction, ainsi que sur les capacités des élèves pilotes en général. Plusieurs fois au cours de réunions entre instructeurs, il propose d’inclure dans la formation des pilotes des courtes séances de PSV (Pilotage Sans Visibilité). La réponse des autorités administratives de l’époque était toujours la même : « Vous allez inciter les pilotes à entrer dans les nuages ». L’avenir lui aura donné raison : depuis le 1er janvier 2000, ces séances sont obligatoires dans le nouveau programme d’instruction des pilotes.

Le décès de son épouse Raymonde, en 1982, l’incite a habiter de manière plus régulière le club house.

1984, un vie pleine de souvenirs, 10000 heures de vol et sous l’amicale pression de ses amies, amènent Mr Lebrun à débuter l’écriture de son livre qui deviendra ‘Sous l’aile de l’Archange’. Il cessera ses fonctions d’instructeur en 1988.

Mr Lebrun s’est définitivement envolé le 29 février 2000.

« Il n’a y pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous. »